#Critique Joker. Joaquin Phoenix impérial dans un film monstrueusement bon


Lion d’or mérité 2019 à La Mostra de Venise 

Synopsis
Dans les années 1980, à Gotham City, Arthur Fleck est un comédien de stand-up raté. Celui-ci enchaîne les petits boulots de clowns et tente de respecter le sacerdoce que lui a livré sa mère, à savoir "apporter rire et joie au monde"... Un sacerdoce qu'il va finir par abandonner pour basculer dans la criminalité et devenir le Joker.

Note 4/5. Sans effets spéciaux, Todd Philips réalise un film au cordeau. Remarquable performance de Joaquin Phoenix. Rober De Niro excellent lui aussi !



Joaquin Phoenix, Joker


Critique 
La première scène donne le ton :Arthur Fleck, le Joker, se maquille en clown devant une glace, met ses mains sur son visage pour y exercer son sourire. Puis il va dans la rue en  tenant une pancarte pour attirer le chaland. Mais une bande se moque de lui, lui vole sa pancarte avant de le rouer de coups. Joker est humilié ; il se vengera en devenant un assassin.



Arthur Fleck est un laissé pour compte de la société américaine. Il vit encore avec sa mère, une mère fragile, sans doute sa meilleure amie, qui l'a rebaptisé "Happy" – surnom qui explique ce sourire sur ses lèvres qui, chez lui, dissimule une souffrance morale. 
Arthur porte deux masques. Celui qu’il peint pour son boulot de clown publicitaire dans les rues les rues sales de Gotham City, dans une ville où monte une colère de plus en plus palpable. Mais il ne peut jamais ôter le second : c'est le visage qu'il présente aux autres dans sa tentative futile d'appartenir au monde qui l'entoure – loin de l'homme incompris systématiquement malmené. Quand il est brutalisé par des adolescents dans la rue, raillé par des types en costard-cravate dans le métro et moqué par ses collègues clowns au travail, ce paria social se retranche de plus en plus de son entourage …
Clown de rue le jour pour gagner quelques sous, Arthur fait du stand up la nuit.  Athur est psychotique, il a besoin chaque jour de médicaments. Mais le centre de soins ferme par manque de crédits. Sans médicaments, rejeté par une société qui ne le soigne plus et se moque de lui Arthur, se laisse aller et bascule dans la violence.


   Joaquin Phoenix, Joker 




Joaquin Phoenix porte le film de bout en bout : il est amusant, cynique, effrayant, cruel, méchant. Il rit, il danse, sa présence irradie le film.
Le film a un côté scorsesien à travers Robert De Niro qui joue un personnage d’animateur de talk show proche de celui de Jerry Lewis qu’il harcelait dans La Valse des Pantins. Il a aussi une dimension politique par l’évocation des exclus de la société. Et on n’oublie pas que c’est Victor Hugo qui est à l’origine du personnage avec son livre L’homme qui rit.



Arthur est un personnage complexe
Dans l'une des premières scènes, Arthur est en rendez-vous avec une assistante sociale qui lui demande s'il se sent aidé d’avoir quelqu’un à qui parler. Peu importe la réponse d'Arthur : il est évident, rien qu'à son regard, qu’elle n’est pas cette personne. Mais dans le même temps, on ne sait pas trop si quiconque pourrait trouver grâce à ses yeux. "Arthur a toujours du mal à savoir ce qu’il veut dire et comment il veut l’exprimer", explique Phoenix. "Ses instincts ne sont pas compatibles avec les conventions sociales en matière de conversation et de rapports humains… avec quoi que ce soit, à vrai dire".





Arthur ne tardera pas à comprendre ce qui explique son comportement, confie Phillips, mais quand on le voit pour la première fois, "Arthur est le genre de type à vouloir se conformer aux attentes des autres, 'Je vais faire ce qu’on attend de moi, je vais être bien comme il faut, prendre le bus et m’asseoir sagement et ne pas déranger', et ainsi de suite". Mais tel un chien qui a été battu par son maître, tôt ou tard, tout finit par basculer. "Il y a toujours quelque chose en lui qui le pousse à revenir à sa vraie nature, à celui qu’il va devenir, et au cours de l’histoire, on le voit peu à peu prendre le dessus".
La vraie nature d’Arthur est complexe. Il s'essaie au stand-up, carrière dont il rêve et pour laquelle il observe d’autres comiques, espérant s’approprier leur ton et leur rythme. Il désire, comme eux, pouvoir hypnotiser les spectateurs avec ses remarques pleines d’esprit et se faire d’autant mieux accepter grâce à leurs applaudissements. "Malheureusement, son regard sur le monde et son humour ne fonctionnent pas. Il ne comprend pas ce qui fait rire les gens et n’est pas non plus capable de s'adapter", précise Phoenix.


Robert de Niro et Joaquin Phoenix, Joker 
Verbatim du réalisateur Todd Phillips
"J’adore la complexité du Joker et je pensais que ça valait la peine d’explorer ses origines", déclare le réalisateur Todd Phillips. "Personne ne l’avait fait auparavant et même dans la légende [de DC Comics, NdT.], il n’y a pas de naissance officielle du personnage. Scott Silver et moi avons donc écrit une version du personnage complexe, montrant comment il évolue et finit par dégénérer. C’est ça qui m’intéressait, pas de raconter une histoire du Joker, mais une histoire sur la naissance du Joker".
"On tenait à aborder l’empathie et, plus encore, l'absence d’empathie omniprésente dans le monde d’Arthur", explique Phillips.

"Par exemple, dans le film, on voit une différence dans le regard qu'enfants et adultes portent sur Arthur, parce que les enfants n’ont pas de filtres : ils ne font pas de distinction entre riches et pauvres, et contrairement aux adultes, ils n’ont pas la notion de marginalité. Ils considèrent simplement Arthur comme un homme qui essaie de les faire sourire. Ce n’est pas inné : on apprend à devenir intolérant et, malheureusement, c’est une disposition qu’on acquiert très vite"





Une sublimation de la violence ? une polémique faussée 

À quelques jours de sa sortie en salle, Joker, signé Todd Phillips, fait polémique sur le degré de violence qu'il pourrait contenir. Des voix se sont élevées pour exprimer leur inquiétude sur le film. Il s'agit des proches des victimes de la fusillade d'Aurora de 2012 lors de la projection de The Dark Knight Rises, dernier volet de la trilogie de Christopher Nolan sur Batman.





Dans leur lettre adressée à Ann Sarnoff, PDG de Warner Bros., les familles et les amis des victimes demandent à la société de s'allier à Walmart et CVS : "Nous vous appelons à utiliser votre plateforme massive et votre influence afin de rejoindre notre combat pour établir des communautés plus sécurisées avec moins d'armes à feu. Nous vous interpellons afin de prendre part au groupe grandissant de chefs d'entreprise qui ont compris qu'ils avaient la responsabilité sociale de veiller à la sécurité de tous."
La lettre poursuit ainsi : "Puisque le gouvernement fédéral n'a pas réussi à adopter des réformes qui rehausserait les critères des détenteurs d'armes à feu en Amérique, les grandes entreprises comme Warner Brothers ont la responsabilité d'agir. Nous espérons que vous irez dans ce sens." Leur inquiétude résulte du traitement du Joker (Joaquin Phoenix) dans le film, dépeint comme un homme dépressif et rejeté par la société qui bascule dans la violence pour renaître grâce à un personnage créé de toutes pièces.


Joaquin Phoenix, Joker 
LA RÉPONSE DE WARNER
Un représentant de Warner Bros. a aujourd'hui répondu à cette polémique : "La violence armée dans notre société est un problème critique et nous exprimons notre plus profonde sympathie à toutes les victimes et leurs familles touchées par ces tragédies. Notre entreprise fait depuis longtemps des dons aux victimes de violence, dont celles d'Aurora, et au cours des dernières semaines, notre société mère s'est associée à d'autres dirigeants d'entreprise pour interpeller les politiques et les presser de promulguer une législation bipartite afin de lutter contre cette épidémie."
Le représentant de Warner Bros. poursuit sur le personnage du Joker en question : "Warner Bros. pense que l'un des attraits de la narration est de provoquer des conversations difficiles sur des problématiques complexes. Mais ne vous y trompez pas : ni le personnage fictif du Joker, ni le film ne sont une approbation de la violence dans le monde réel. Ce n'est en aucun cas l'intention du film, des cinéastes ou du studio d'ériger ce personnage en héros."



La revanche de DC

Cette polémique relance le débat houleux sur la part de violence dans la culture, les films et les jeux vidéo étant souvent pointés du doigt pour leur influence jugée néfaste par certains détracteurs. Si les entreprises peuvent avoir un rôle à jouer dans la prévention de la violence, il n'en reste pas moins que les objets culturels ne peuvent pas être tenus responsables de la violence dans le monde, en particulier dans le cas d'une fusillade. Le problème de fond restant le lobbying des armes à feu aux États-Unis, comme l'indiquent les deux parties s'exprimant sur cette polémique.



Liste artistique
Joaquin Phoenix : Arthur Fleck / Le Joker
Robert De Niro : Murray Franklin
Zazie Beetz : Sophie Dumond
Frances Conroy : Penny Fleck
Brett Cullen : Thomas Wayne
Shea Whigham : L'inspecteur Burke
Bill Camp : L'inspecteur Garrity
Douglas Hodge : Alfred Pennyworth

Sortie le 9 octobre

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