Le lait c'est moche ! Le lait ce n'est pas bon ! ARTE met les pieds dans le plat et démonte les idées reçues


Le lait est-il vraiment aussi sain que le prétendent ses défenseurs ? Depuis plusieurs années, le débat fait rage chez les nutritionnistes, les professionnels de la santé ou les industriels du secteur agroalimentaire. Indispensables à une alimentation équilibrée et source de nombreux nutriments pour les uns, associés au développement de maladies pour les autres, les produits laitiers suscitent aujourd’hui une vive controverse. L’industrie laitière, bien entendu, ne cesse de vanter leurs vertus et ils figurent au menu de tous les programmes de nutrition mais, parallèlement, ils sont de plus en plus critiqués.

Vertus ou dangers du lait 

Certains scientifiques et médecins s’appuient sur les résultats d’études récentes et sur le cas de patients pour démontrer que le lait joue un rôle dans l’apparition de nombreuses pathologies, telles que les allergies ou le diabète. Dans ce contexte, difficile pour le consommateur d’y voir clair. Le lait et ses dérivés peuvent-ils réellement rendre malade ou faut-il continuer de les consommer régulièrement ? En Allemagne, en France et dans d’autres pays européens, ce documentaire part à la rencontre de scientifiques, médecins, producteurs et représentants du secteur laitier pour tenter d’apporter des réponses.


Le lait : mensonges et vérités

Le lait de vache, bon ou mauvais pour la santé ? En marge d'une solide enquête diffusée par ARTE, l'un de ses protagonistes, le journaliste scientifique Thierry Souccar, fait le point sur l'une des plus vives controverses alimentaires du moment.

Dans un livre *, vous avez remis en question les bienfaits des produits laitiers. Faut-il arrêter d’en consommer ?
Thierry Souccar :
 Non, sauf si vous êtes intolérant au lactose, ce que vous pouvez vérifier par un simple test, ou si vous avez une maladie auto-immune. En revanche, les recommandations officielles selon lesquelles nous devrions consommer trois à quatre produits laitiers par jour pour prévenir les fractures ne reposent pas sur la science, mais sur des considérations économiques et culturelles : nous sommes un pays de production laitière et il faut bien écouler les surplus. Il faudrait au contraire se limiter à un, voire deux produits laitiers par jour. Au-delà, il existe statistiquement un risque accru de pathologie, notamment pour le cancer de la prostate ou la maladie de Parkinson… Le lait n’est pas à proscrire si on le tolère, mais il n'est pas indispensable. J’en veux pour preuve que, pendant quasiment sept millions d’années, l’espèce humaine s’est épanouie sans en consommer.

Peut-on éviter ces risques en consommant des produits biologiques ?
D’une manière générale, il vaut mieux choisir du lait issu de petits élevages, si possible en bio, et de petits ruminants comme la chèvre et la brebis plutôt que du lait d’énormes vaches, type Holstein qui fournissent l’essentiel de la production. Génétiquement sélectionnées pour produire des quantités monstrueuses, ces vaches ont des niveaux plus élevés d’hormones de croissance. Leur lait renferme des taux significatifs d’hormones femelles, seulement partiellement détruites par les traitements thermiques, dont on ne connaît pas les effets sur le corps humain.


Pourquoi les autorités continuent-elles alors à promouvoir le lait ?
Ce dogme émanant du lobbying industriel et relayé par les autorités sanitaires, est un leurre qui remonte à l'après-guerre. En 1954, Pierre Mendès France a par exemple instauré la distribution de lait (sucré !) dans les écoles. Mais la quantité de calcium indispensable à un bon équilibre alimentaire n’a pas encore été déterminée : l’OMS préconise 550 mg par jour pour un adulte, la Grande-Bretagne 700, la France 900 à 1 200 mg ! En revanche, il est établi que dans l’espèce humaine, l’activité de la lactase, l’enzyme qui permet de digérer le sucre présent dans le lait maternel, chute ou s’éteint entre 3 et 6 ans. On estime ainsi que 70 à 75 % de la population terrestre ne digère pas ou mal le lactose après ces âges. Mais certains grands groupes industriels n’ont guère intérêt à faire connaître ces statistiques. Il est plus facile de taxer d'"anti-lait" ceux qui combattent leur propagande.

Propos recueillis par Lara de Spix

Présenté par Émilie Aubry
Documentaire de Winfried Oelsner (Allemagne, 2016, 1h) - Production : SWR

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