C'était écrit : François Fillon, l'homme qui ne pouvait pas être président
Dimanche, 20 h 50 sur France 5
Comprendre les raisons d’un événement récent en examinant, tel un historien, la succession des faits qui y a mené. C’est le défi de cette nouvelle collection écrite par Bruce Toussaint. Premier volet, coécrit avec Félix Seger, consacré à la campagne de François Fillon et à son échec à l’élection présidentielle. De nombreuses personnalités politiques livrent leurs confidences, laissant entrevoir une défaite écrite.
Avril 2017 : François Fillon est éliminé dès le premier tour d’une campagne présidentielle qu’il croyait (et que beaucoup croyaient) « imperdable ». Cette tragédie personnelle se double d’un revers historique pour la droite française, absente du second tour. Un accident de l’histoire ? Pas vraiment. Pour comprendre la fuite en avant et la chute de François Fillon, il faut se replonger dans son passé, dans ses failles personnelles, dans les méandres de son parcours politique et dans les chausse-trapes au sein de son parti. Cet échec était écrit. La primaire arrachée sur le fil, l’emballement du « Penelopegate », la mise en examen, les journées décisives du Salon de l’agriculture et du Trocadéro, cette campagne fut riche en coups de théâtre. Pour la première fois, la plupart des principaux acteurs de cette campagne en dévoilent les coulisses. Au fil des confidences, on découvre un François Fillon très seul face à son destin présidentiel. Certains de ses soutiens de campagne avouent même… ne pas avoir voté pour lui.
Entretien avec Bruce Toussaint
Qu’avez-vous souhaité raconter dans ce film ?
Bruce Toussaint : Nous avions envie de raconter l’histoire immédiate, en appliquant les méthodes d’historiens. La formule « C’était écrit » explique bien ce qu’on veut raconter. Ce n’est pas seulement le récit d’un événement marquant, c’est aussi la recherche de tout ce qui a pu en créer les conditions, quelques années plus tôt. Un des ressorts des films sont les flash-back. Pour l’affaire Fillon, nous avons essayé de comprendre ce qui s’est passé, avec le recul d’une année, de trouver les racines de cet enchaînement d’événements. Analyser avec beaucoup de minutie les faits, aller en chercher les causes profondes, faire ce travail de recherche et d’analyse dans un temps très court, c’est la philosophie générale de la collection.
C’était écrit… pour la droite ? ou pour Fillon ?
B. T. : Ce qui est passionnant dans cette histoire extraordinaire, c’est que le désastre de la campagne de Fillon trouve ses racines dans l’histoire de la droite de ces dix dernières années. Plusieurs intervenants nous disent, avec beaucoup de franchise et parfois beaucoup d’émotion, que ce ratage monumental a germé avec l’élection triomphale de Sarkozy en 2007 pour aboutir à l’échec retentissant de l’élection présidentielle en 2017. C’est la première fois de l’histoire de la Ve République que cette famille politique est absente au second tour. C’est cette histoire-là que l’on raconte dans ce film.
Comment avez-vous conçu ce documentaire ?
B. T. : Le documentaire est une autre écriture, singulière : on a effectué un énorme travail sur plusieurs mois de recherche d’archives, près de vingt-cinq interviews et un montage très long. C’est différent de ce que je peux faire au quotidien, même si sur France 5 la priorité est toujours donnée au décryptage. Comprendre, analyser, expliquer s’appliquent parfaitement à cette série.
La liste des intervenants est longue. Avez-vous ressenti le besoin ou l’envie pour certains de parler ?
B. T. : Il y a quelque chose de l’ordre de la thérapie de groupe. Il y a eu un traumatisme énorme car cette élection était imperdable, la victoire était assurée… Ce naufrage hante encore toutes ces personnalités de la droite. Donc, quand on leur a demandé de raconter, ils ont tous abandonné leur langue de bois habituelle pour jouer le jeu du récit et de cette histoire. Ils ont envie de partager ! Ils étaient aux premières loges, et c’est une des premières fois qu’ils ont l’occasion de le faire avec ce film. François Fillon n’a pas souhaité s’exprimer, ni ses plus proches, qui se sont rangés à cette décision.
Qu’est-ce qu’on apprend de nouveau ?
B. T. : Ce qu’on découvre dans le film, c’est d’abord l’incroyable série de fractures dans cette famille politique. On le savait, mais à ce point on ne l’imaginait peut-être pas : on se rend compte que, parce qu’il y avait ces divisions très fortes, ces haines, il ne pouvait pas y avoir d’autre issue. Puis, on cherche à savoir qui est vraiment François Fillon. On découvre le mystère, une personne insondable : même ses plus proches n’arrivent pas à le percer, c’est étonnant. C’est un personnage qui a de multiples facettes : il a une combativité exceptionnelle, un courage inouï, un tempérament qui fait qu’il reste debout au cœur de la tempête. Mais il est aussi doté d’une incapacité à reconnaître les erreurs qu’il a commises politiquement. Ceux qui l’ont accompagné tout au long de la campagne lui en ont énormément voulu de ne pas lâcher l’affaire. Au point que certains, parmi ses plus proches, nous révèlent qu’ils n’ont pas voté pour lui à l’élection présidentielle ! Ce qui ressort beaucoup du film, c’est que François Fillon n’est pas l’unique responsable. François Baroin le dit de façon très claire et très honnête : « Nous avons tous une part de responsabilité dans ce qui est un désastre. » C’est tellement extraordinaire que ça dépasse toutes les séries. Un des personnages du film, Gilles Boyer, ancien directeur de campagne d’Alain Juppé, le dit : « Aucun scénariste de fiction n’aurait pu imaginer un tel scénario ! »
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