mercredi 7 mars 2018

Le parcours des combattantes sur France 5

Le parcours des combattantes

LE MONDE EN FACE
Le parcours des combattantesMercredi soir 20 h 50 sur France 5

Quatre femmes du fameux « 9-3 » se confient à Olivier Delacroix. Elles ont grandi et vécu en Seine-Saint-Denis et racontent comment la cité a forgé leur caractère. Battantes, déterminées, ces femmes parlent sans détour de leur combat pour accéder à la vie qu’elles mènent aujourd’hui. Elles défient les préjugés sur les quartiers, offrant le regard singulier et percutant de celles qui ont vécu les choses de l’intérieur.

Sylvie, Nadia, Tishou et Laetitia ont grandi de l’autre côté du périph, dans ces quartiers excentrés et refermés sur eux-mêmes. Elles parlent de leur adolescence entre violence et révolte, mais aussi de l’entraide et du respect qu’elles y ont appris. Jeunes filles à l’avenir incertain, elles ont refusé un destin tout tracé. Devenues mères, elles ont gardé un lien très fort avec leur quartier, tout en voulant une vie meilleure pour leurs enfants.

Sylvie a grandi Cité des 4 000, à La Courneuve, dans une famille et un quartier où régnait beaucoup de violence. Très jeune, elle trouve refuge dans les livres et travaille dur à l’école. Aujourd’hui écrivaine et réalisatrice, elle retourne chaque week-end dans la cité où sa mère vit encore.

Le parcours des combattantes

Après dix années passées en Algérie, retenue de force par son père, Nadia revient en France. Elle devient travailleuse sociale et, après de longues années sur le terrain, fonde La Brigade des mères, une association qui défend la laïcité et lutte contre la radicalisation.

Tishou a découvert le hip-hop à l’adolescence. La danse lui a permis de s’affirmer et de faire face à un environnement difficile. Sa foi l’a aidée à surmonter des moments douloureux. Chorégraphe, elle donne des cours aux femmes de son quartier.

À la suite d’un drame familial, Laetitia sombre dans la délinquance. Après une confrontation avec un juge, elle décide de changer de vie. Elle crée Zonzon 93, une association destinée à prévenir la délinquance et à sensibiliser les jeunes au milieu carcéral.


Entretien avec Olivier Delacroix


Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir à la rencontre de ces femmes du 93 ?

O. D. : On entend très rarement les gens qui vivent en banlieue, à part en réaction à un événement dramatique, et encore moins les femmes, régulièrement stigmatisées. Dans l’esprit collectif, on les imagine souvent soumises au diktat des hommes. Alors j’ai eu envie de faire ce film pour leur donner la parole. En tournant, je me suis rendu compte à quel point j’avais la tête emplie de clichés : ces quatre femmes m’ont permis de remettre les pendules à l’heure.

Comment les avez-vous choisies ?
O. D. : Il existe une forme de déterminisme chez les femmes de banlieue, l’idée d’un destin soi-disant tout tracé : on a donc cherché quatre femmes qui y avaient échappé. Notre choix s’est porté sur Sylvie, Nadia, Tichou et Laetitia, qui ont toutes un parcours exceptionnel. Il m’a fallu gagner leur confiance, car la méfiance accrue envers les journalistes complique les choses, et je leur ai demandé d’aller loin dans la description de leur histoire. Ce qui donne un film très fort.

De quelle façon leur histoire ouvre-t-elle des perspectives à ces jeunes filles qui grandissent aujourd’hui dans les quartiers ?

O. D. : L’histoire de ces quatre femmes montre que l’on peut vivre sa vie en étant déterminée à ne pas suivre ce que d’autres écrivent pour vous. Dans ces quartiers explosifs, les jeunes ont l’impression d’être parqués de l’autre côté du périph. Trois adolescentes de Zonzon 93, l’association fondée par Laetitia, expliquent très bien que, dès le collège, on les oriente systématiquement vers des filières techniques. Il faut se battre plus en banlieue qu’ailleurs pour s’affirmer. Mais les femmes sont aussi beaucoup plus libres qu’on ne le pense et leur parole n’est pas muselée. Ces quatre-là racontent l’importance de se faire respecter, en particulier par les hommes, ce qu’une rencontre peut changer lorsqu’on est écoutée, et font tomber les clichés sur le port du voile. Elles pourront permettre à beaucoup de jeunes filles de s’identifier. Elles ont su s’adapter à leur environnement et s’en sortir, l’une grâce aux livres, les autres grâce à la danse ou au monde associatif… Une fille doit déployer bien plus d’efforts qu’une autre née dans le centre d’une grande ville, ou qu’un homme, pour réussir à faire ce qu’elle veut. Mais ce film montre que c’est possible. Chaque jour, de plus en plus de talents émergent de la banlieue…

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier




Extraits

Laetitia : « Une fille de quartier et un garçon de quartier, c’est deux traitements différents, et ça commence dans la famille. Un garçon, il doit se contenter d’aller à l’école, de manger et de dormir. Une fille, elle, doit préparer à manger ; on a toutes les tâches ménagères, administratives. Généralement, ce sont des petites mamans. »

Nadia : « Quand on est une femme d’origine maghrébine, on est toujours obligée d’avoir un porte-parole qui parle à notre place et qui nous dit : “Oui mes pauvres, vous êtes discriminées.” Moi, personnellement, je n’ai pas besoin de porte-parole, on a plus besoin de quelqu’un qui nous considère française à part entière. »

Sylvie : « Notre faiblesse à nous, qui est d’être parties sans rien, il faut la transformer en force. Il faut pouvoir se dire : de toute façon je n’ai rien, donc j’ai rien à perdre. Donc, si je n’ai rien à perdre, c’est que j’ai peut-être tout à gagner. »

Tishou : « Moi, à la base, je suis quelqu’un de sensible, mais je me suis “bonhommisée”. On est devenues des petits bonshommes. Se bonhommiser, c’est se fondre dans cette masse masculine, ça veut dire à la fois être bien vue et ne pas être trop vue. »Documentaire
Durée 73 min
Auteurs-réalisateurs Olivier Delacroix et Katia Maksym


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