mardi 31 octobre 2017

Scandale Polanski à la Cinémathèque Française



A l'occasion de la retrospective Polanski à la Cinémathèque de Paris du 30 octobre au 25 novembre, et dans le contexte de l'affaire Weinstein et de la libération de la parole des femmes, des féministes, des associations de femmes prennent la parole.




Des féministes et même des Femen. Au moment où Roman Polanski, entouré de gros bras comme dans la fashion week traverse le hall, deux de ces militantes surgissent, soudainement, torse nu et bariolé en criant : « Bras d’honneur pour les violeurs ». Dehors l’ambiance est donnée. 

A l'intérieur de la Cinémathèque, contraste saisissant et ambiance feutrée culturelle ! Et même "standing ovation" pour Polanski qui a dit son bonheur et même son ravissement d'être présent. Il a ajouté, et l’allusion était très claire, à la fois à son enfance sous le régime nazi et aux « zinzins» ce soir à l’extérieur, qu’il fut une époque où l’on détruisait des films. La Cinémathèque vue ici par Polanski comme un temple de la conservation (du conservatisme culturel ?)  alors qu'elle est aussi un lieu de résistance et de création, d'audaces et d'auteurs, qui se joue des codes et défie la morale. 

« Je suis ravi d’être ici, de montrer tous mes films, des films qui vont rester j’espère, déclame Polanski. La Cinémathèque sert à [les] conserver, et c’est possible maintenant pour l’éternité. A l’époque on pouvait les brûler, comme Hitler brûlait les livres. Au tout début, les copies de films, c’était sur du nitrate, ça brûlait vachement bien. Je me rappelle quand j’étais jeune, on faisait des bombes avec ça. Aujourd’hui, c’est tout numérique et pour ça que mes films sont perpétués en dépit de certains zinzins. »
A l'interieur de la cinematheque, stanfing ovation pour le petit bonhomme hirsute. Polanski. #Me too pic.twitter.com/rbL00nHx51
— Laurent Carpentier (@locarp) 30 octobre 2017


Costa Gavras, de son côté, réaffirme qu’il n'a jamais été question de renoncer à quelque chose sous la pression : « La cinémathèque est indépendante, c’est une maison commune ».



« Depuis 1974, Polanski vit et travaille à Paris, sa ville natale, et sa présence est une source de fierté pour le cinéma français tout entier, déclare en introduction son président, Costa-Gavras. Nous sommes persuadés que les films de Polanski sont plus que jamais indispensables à notre compréhension du monde et du cinéma. Il n’a pas été question une seconde de renoncer à cette rétrospective sous la pression de je ne sais quelle circonstance étrangère à la Cinémathèque comme à Polanski, et des amalgames des plus douteux et les plus injurieux. La Cinémathèque est fidèle à son indépendance à l’égard de tous les pouvoirs et de tous les lobbies, fidèle à ses valeurs et à sa tradition qui est d’être la maison commune des cinéastes. »


Repulsion

Roman Polanski aime dire qu’il a apporté une certaine touche européenne au cinéma américain et que, "réciproquement, son goût pour les films hollywoodiens l’a poussé a en importer le professionnalisme au sein du Vieux Continent." On doute soudain des multiples sens du mot professionnalisme devant la soudaine résurgence des pulsions primitives qui se font jour dans sa vie.

Pour l'heure ce sont les manifestantes qui deviennent rouge de colère quand elles lisent le mot "touche" et s'insurgent contre cet rétrospective ressentie comme un hommage ! Touché !



Comme on peut le lire dans Le Monde, Mathilde a 35 ans, elle enseigne la littérature à l’université. « Je veux bien que l’on sépare l’œuvre de l’artiste. J’étudie Céline dans mes cours. Là, le problème, c’est que c’est un personnage vivant. Je n’ai rien contre le fait que l’on voie ses films, pas qu’on lui rende aujourd’hui hommage. C’est comme pour Bertrand Cantat. Que les gens achètent ses disques, oui ; que les Inrockuptibles le mettent en “une”, je trouve ça symboliquement hyper-violent. Dans le contexte de l’affaire Weinstein, cette rétrospective de la Cinémathèque est un acte politique : une manière de dire que l’insupportable est supportable. »


Polansky's Baby 

Un regard oblique et des stars égarées

On pourrait qualifier tous ces films du mot péjoratif d’« euro-pudding », désignant des coproductions européennes « de prestige » tournées en anglais avec un casting cosmopolite, et souvent adaptées de classiques littéraires. Mais Polanski donne ses lettres de noblesse a cette catégorie ingrate, qui semble conçue a son seul profit. D’abord, cet éternel exilé, féru
d’univers étrangers et labyrinthiques, peut y égarer des stars américaines et peut-être même en tirer un certain plaisir, de cet égarement 
De plus, ces transformations procèdent d’images mentales qui ne sont pas vraiment hallucinatoires. Bref, chez Polanski, l’œil voit, mais c’est le corps qui ne répond plus. Ou alors : quand le corps est immobilisé, l’œil se met a voir des choses échappant aux autres sens. 






C’est ce qui arrive dans le dernier acte du Pianiste dont le personnage, forcé de se terrer dans des appartements, assiste impuissant a l’insurrection de Varsovie.  De la même façon qu’il retourne comme un gant les clichés antisémites sur l’argent, le film inverse l’habituel traitement polanskien du psychisme : c’est cloîtré que le héros retrouve son identité, d’être humain, de Juif, de pianiste du nom de Szpilman, avec la complicité d’un énigmatique officier de la Wehrmacht.

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