vendredi 20 octobre 2017

Leçon de Classes, corruption à tous les étages

Leçon de Classes, TAMARA Fischer

Un film slovaque remarquable de férocité et de noirceur avec quelques pointes d’humour.

Synopsis

Bratislava, 1983, au moment ou le communisme s’achève…
Maria Drazdechova, enseignante et membre du parti communiste manipule élèves et parents afin de prouver que tout individu est naturellement prédispose à être corrompu.

Note 4/5 

Film féroce plein de noirceur avec quelques notes d’espoir, parfois poignant. Il tient en haleine en permanence. Réalisation impeccable



Leçon de Classes

Critique
« Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument». Cette phrase de John Emerich Edward Dalberg aurait pu servir d’exergue à ce film slovaque de Jan Hrebejk sur un scénario de Petr Jarchovsky. Maria Drazdechova (Zuzana Maurery) a le pouvoir : elle enseigne à une classe de jeunes adolescents, dont le passage dans la classe supérieure et même l’orientation professionnelle dépendent des notes qu’elle donnera. Il est presque absolu, car membre du parti communiste, elle est pratiquement intouchable.


En début d’année, elle note sur un carnet les professions des parents de ses nouveaux élèves. Bien utile de savoir que le père de celui-ci est réparateur ; il ne pourra pas refuser de venir réparer la machine à laver en panne. Bien agréable cette maman qui est coiffeuse, ce papa boucher…

On la comprend Maria. Tous ces petits services lui facilitent la vie, et puis, d’après elle c’est gagnant-gagnant : un petit service et le parent saura quelle leçon il faut réviser pour le contrôle du lendemain. D’autant plus que Maria connaît bien l’âme humaine : elle est corruptible ! A son niveau elle reproduit ce que le système communiste a produit (d’où le « s » à classes dans le titre) : la corruption généralisée. Sous des dehors avenants (métaphore du communisme qui fit longtemps illusion en occident), cette dame sans enfants est un monstre sans scrupule, capable de pousser au suicide des élèves.
Pourtant quelques parents s’élèvent devant ces pratiques et veulent porter plainte. Un reliquat de la pensée occidentale sans doute…



Basé sur un fait divers Praguois dont le scénariste fut en partie la victime en tant qu’élève, le réalisateur Jan Hrebejk traite son sujet avec maîtrise, dynamisme, sans temps mort. Il décrit en parallèle le huis clos d’une salle dans laquelle les parents d’élèves doivent décider s’ils porteront plainte et les différents événements qui ont conduit à cette réunion.

Belle reconstitution d'époque

C’est très bien joué, avec une reconstitution de l’époque (1983) précise, une image soignée (remarquable plans d’un couloir d’hôpital et de salle d’aéroport).

Nous ne dirons pas ce qui est arrivé à Maria Drazdechova, seulement un indice : au début du film, le portrait du maréchal Tito est accroché au mur de sa classe, à la fin c’est celui de Vaclav Havel (ce qui confirme au passage le souci du détail du réalisateur).
On pourrait penser que ce film décrit des situations depuis longtemps dépassées et qu’il perd ainsi de son intérêt. Rien n’est moins sûr ! Sans être pessimiste, il faut être vigilant. Pour Jan Hrebejk : « l’Histoire se répète. Toute personne adulte, mais aussi la plupart des enfants, ont déjà vécu une situation ou ils ont ressenti que ce qui est profitable sur le moment, peut être en même temps immoral. Et a l’inverse, suivre ses convictions, peut s’avérer dangereux ou très désavantageux. Par conséquent, cette histoire, tout le monde peut la comprendre.


La nature humaine ne change pas. Cela rend l’histoire plus poignante, car aujourd’hui ces situations peuvent être vécues de façon dissimulée ».


Leçon de classes - Film Annonce from Bodega Films on Vimeo.
Leçon de Classes (Ucitelka) 
République tchèque - 2016 - 102 min - 1.85 - 5.1 - VOSTF - DCP
#Histoire , #Jeunesse , #Scolaire
  • Réalisation : Jan Hrebejk
  • Avec : Zuzana Mauréry, Csongor Kassai, Peter Bebjak, Martin Havelka
  • Scénario : Petr Jarchovsky



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