mardi 16 mai 2017

Les Fantômes d'Ismaël : oeuvre majeure de Desplechin

Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, mises en scène par Arnaud Desplechin
Synopsis : Ismaël Vuillard, réalisateur, tourne dans l'île de Noirmoutier son nouveau film, sur un diplomate atypique, Ivan, inspiré de son frère. Avec Bloom, son mentor et beau-père, Ismaël pleure encore la mort de Carlotta, disparue il y a vingt ans.

Aux côtés de Sylvia, Ismaël s’est inventé une nouvelle vie, lumineuse. Mais arrive le jour où Carlotta, déclarée officiellement morte, réapparaît. Sylvia prend la fuite, et Ismaël rejette Carlotta. Sa raison vacille et il quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix. Là, il s’enferme, assailli par ses fantômes. Jusqu’à ce que la vie s’impose à lui

La note : 4,5/5 sublime, complexe, déjà collector avec une VF et une VO

Marion Cotillard et Mathieu Amalric

Critique

Le réalisateur de Comment je me suis disputé (1996), de Rois et reine (2004) d'Un conte de Noël et de Trois Souvenirs de Ma Jeunesse revient avec ses peurs, ses angoisses, ses mystères, son energie folle, vitale. Arnaud Desplechin dresse le portrait d'un homme hanté par le souvenir de sa femme disparue, angoissé à l'idée de finir (de donner) son film, d'un homme sur le fil du rasoir, entre plusieurs films, plusieurs femmes, plusieurs vies. Plusieurs histoires se chevauchent, pour dresser un autoportrait du cinéaste par petites touches. Convoquant ses thèmes de predilection : l'histoire de l'art, du cinéma, en passant par la psychanalyse et la religion. 

"L'art du cinéma convoque les fantômes, projette une vérité; ce lien entre cinéma et psychanalyse me semble indéfectible." confie Arnaud Desplechin à France Culture


devant Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg resiste

Les Fantômes d'Ismaël commence comme un film d'espionnagedans les arcanes du Quai d'Orsay. Des diplomates évoquent un mystérieux Paul Dedalus, ayant enchaîné les postes dans les coins les plus reculés et dangereux, et dont on aurait perdu la trace.  Serait-ce un espion ? Mais bien vite, Desplechin déroule de nouvelles trames narratives (amour, souvenirs, création, cinéma) pour former selon ses mots "cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock." Et "Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction".


Arnaud Desplechin, 
Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction

Paul Dedalus, personnage récurrent chez Desplechin est ici incarné par un réalisateur (Mathieu Amalric) qui conte l'histoire de son frère Ivan, sorte de héros Dostoievskien, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. Desplechin injecte par fulgurance quelques notes d'humour bienvenu. 


Louis Garrel incarne Ivan 




Ismaël est veuf, sa femme Carlotta, disparue il y a 20 ans sans laisser de traces est déclarée morte. Il est sujet de cauchemars violents, et le soir il prend des médicaments pour se forcer à dormir. Le jour il boit (trop) il fume (tout le temps pour travailler).  La nuit, il écrit, il travaille frénétiquement à son scénario. Puis il rencontre une femme timide et douce, une astrophysicienne qui a la tête dans les étoiles. Ils tombent amoureux. 


Réapparition du spectre de son amour de jeunesse

Evoquant le spectre de son amour de jeunesse, Carlotta
"Toi tu y penses ? (Charlotte Gainsbourg)
Ca fait 20 ans ma chérie, ne sois pas jalouse d'un fantôme (M.A.)"

Et justement le fantôme réapparait, à la plage, retour violent de cet amour de jeunesse, de cette passion intense, blessure inoubliable.

Un triangle amoureux se dessine avec Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, Mathieu Amalric, sans oublier Louis Garrel méconnaissable en espion qui n'était pas là... Mention spéciale à Hippolyte Girardot, génial en producteur survolté, et ami de Desplechin. 




La BO est très belle, elle est signée Grégoire Hetzel (ancien élève de Jean-François Zygel professeur d'improvisation au CNSMDP) lequel avait aussi signé celle des Trois Souvenirs de Ma Jeunesse et qui là s'est démultiplié pour donner les différentes ambiances sonores (pop, jazz, classique) du film. On y trouve entre autres Philip Glass et Bob Dylan (It aint me babe) musique sur laquelle se met à danser Marion Cotillard, sous le regard (un peu medusé de Charlotte)


Marion Cotillard danse sur du Bob Dylan

Dommage que à CannesThierry Frémaux ait choisi de montrer Les Fantômes d’Ismaël dans la version courte (raccourcie de 20 minutes) que son auteur, Arnaud Desplechin, qualifie de « française » (on se demande bien ce que cela veut dire au fond). Pour les fans de Desplechin, dont je suis, il sera possible de se rattraper avec la version longue, la "version originale". 

Les Fantômes d'Ismaël : Drame de Arnaud Desplechin
Acteurs : Mathieu Amalric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel, Hippolyte Girardot, Alba Rochwacher
Durée : 1h50
Sortie : 17 mai 2017


revoir Trois Souvenirs de Ma Jeunesse 

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