lundi 22 mai 2017

#Cannes "Kiss & Cry" superbe film faustien à l'ACID

Kiss & Cry
"Kiss & Cry" superbe film faustien 


De la rencontre de Chloé Mahieu et Lila Pinell sont nées plusieurs réalisations dont, en 2012, Nos Fiançailles, film documentaire sur l’amour et l’engagement de jeunes catholiques intégristes. Leurs films ont été montrés dans de nombreux festivals et ont obtenu plusieurs prix.

Kiss and cry est présenté dans la belle selection de l'ACID comme premier long métrage 
de Chloé Mahieu et Lila Pinell. Et ce n'est pas tout là fait la même histoire que le film Kiss & Cry (2016) de Sean Cisterna avec Zoë Belkin, Sarah Fisher, Luke Bilyk

La note frenchie : 4/5

L’argument du film est le suivant : « De retour à Colmar, Sarah, 15 ans, reprend le patin et la compétition de haut niveau. De la rivalité entre filles aux mots impitoyables de l’entraîneur, son corps est mis à l’épreuve de la glace tandis que ses désirs adolescents la détournent de ses ambitions sportives. »




Ce bref synopsis ne saurait rendre compte de la profondeur des thèmes abordés, parfois de façon vertigineuse. La rigueur d’un entraînement sans relâche est certes indispensable dans la perspective des championnats de patinage artistique. Mais quel est le pourquoi de cette ambition ? Quel est le sens des sacrifices permanents qu’elle exige ? À travers les images du quotidien de jeunes filles qui semblent exclusivement vouées à cette cause, de très nombreuses questions vont d’abord affleurer puis finiront par se poser avec une acuité poignante.


Kiss & Cry
Kiss & Cry

Le film s’ouvre dans une ambiance festive : des jeunes sportives sont récompensées pour leurs performances tandis que retentit l’hymne national. Elles semblent éprouver de la fierté et de la joie. Certaines chantent tant bien que mal la Marseillaise, d’autres trébuchent sur les paroles mais restent souriantes. C’est, comme le dira leur entraîneur, cet instant magique après lequel on court, et qui fait que « les fleurs tombent du ciel ». Mais, dès la séquence suivante nous sommes plongés dans la réalité la plus brutale. À la suite d’une fracture du bassin, une jeune patineuse (Sarah reçoit le verdict médical : pour elle l’arrêt s’impose, peut-être définitif.

De la gloire à la chute, de l’évasion par le rêve aux humiliations répétées, le film va ainsi révéler une série de paradoxes et de contradictions qui sont la trame même de la vie. Véritable Méphistophélès, l’entraîneur (Xavier) est d’une agressivité insoutenable. Sans doute pense-t-il que terroriser ses élèves est la meilleure façon de les motiver pour qu’elles arrivent à se battre et à gagner. Mais qu’insuffle-t-il en elles sinon le dégoût de leur propre corps, le sentiment de culpabilité et le découragement ?

Les parents de leur côté, bien qu’ils ne cherchent qu’à aider leurs enfants à devenir des champions, les poussent plutôt à transgresser et à se mettre en danger. Leur bonne volonté est pourtant indéniable. Ils ne ménagent pas leur peine et recourent de façon pathétique – ou comique – au coach, au psychologue ou même à une voyante ! Mais que peut la morale, la sagesse, les règles que les adultes tentent d’imposer à des adolescents dont l’univers est autre et dont la liberté est indécise.


Kiss & Cry
Kiss & Cry

Particulièrement attachante, Sarah est le fil conducteur du film. Son désir a-t-il jamais été écouté ? Pratique-t-elle encore le patinage artistique par plaisir ? À quelles injonctions est-elle tenue de se soumettre : aux exigences de son entraîneur, à l’image que ses parents attendent d’elle ou, finalement, aux lois qu’elle doit elle-même intérioriser ?

Ces interrogations ne demeurent peut-être pas sans réponse. Le film de Chloé Mahieu et Lila Pinell n’est ni une success story ni une tragédie de la défaite : le suspense reste entier.


Kiss & cry : long métrage de Chloé Mahieu et Lila Pinell, France, 2017.
Avec Sarah Bramms, Xavier Dias, Dinara Droukarova, Carla-Marie Santerre, Aurélie Faula, Amanda Pierre, Noémie Carroué, Samuel Brian, Cassandra Perotin, Eve Cornet, Ilana Bramms, Lisa Perestrelo…

B Valette


 Chloé Mahieu et Lila Pinell

ce film est excellent car il est tout à fait novateur par rapport aux conventions du genre. Loin du romantisme larmoyant (chute d'une icône) comme des préceptes traditionnels (il faut souffrir pour atteindre la gloire), c'est un tout autre sujet qui est présenté au delà des apparences. A quoi sert-il de consacrer sa vie au culte du sport, au patinage artistique, etc., qui certes sont socialement valorisés mais existentiellement vains ? Les motivations profondes de la relation pédagogique, de l'éducation parentale, le bien supposé de l'enfant sont remis en question avec une sobre virtuosité dont le titre même (Kiss and cry) et le montage accusent les contrastes. Nous sommes loin aussi de la morale rassurante tissée autour de la rude brutalité du maître de Péguy ou de l'impartialité de l'instituteur de Camus. Ici le monde n'offre pas de miracle. Impuissant, l'entraîneur finit par s'en remettre à ses plus jeunes élèves, les parents se laissent gagner par la lassitude... Que reste-t-il du pacte avec le diable ? Faust (notamment celui de Gounod, qui fournit un passage musical) a-t-il triomphé? Sarah porte-t-elle à son insu les lueurs de la liberté ?


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