mercredi 16 novembre 2016

Planetarium : immense film sur le cinéma et le mystère de l'image

Lily Rose Depp et Natalie Portman dans Planetarium

Synopsis

Paris, fin des années 30.
Kate et Laura Barlow, deux jeunes mediums américaines, finissent leur tournée mondiale.
Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben (Emmanuel Salinger), les engage pour tourner dans un film dont l'ambition est de filmer la présence des morts. Prise dans le tourbillon du cinéma, des expérimentations et des sentiments, cette nouvelle famille improvisée ne voit pas ce que l’Europe s’apprête à vivre. 




La note frenchtouch : 4/5 Un grand moment de cinéma malgré quelques longueurs, une grande actrice qui illumine l'écran

C'est le troisième long métrage de Rebecca Zlotowski après le très bon Grand Central et Belle Epine. Rebecca convoque dans son film  situé dans le Paris des années 30, les fantômes du passé 
et même Emmanuel Salinger, excellent acteur que l'on n'avait pas revu depuis La Sentinelle ou Comment je me suis disputé ma vie. 



Lily Rose Depp et Emmanuel Salinger

C'est un tourbillon d'image et on perd pied quelquefois, on a du mal à suivre l'histoire tant il y a de pistes. On a même l'impression que Rebecca a été trop gourmande, ne sachant pas quelle histoire privilégier. On reste un peu à distance, sans entrer pleinement dans la vie pourtant fascinante des deux soeurs. Ni très bien suivre les expériences quasi mystiques des soeurs et le destin tragique de Bernard Natan, producteur et distributeur français, successeur de Charles Pathé au seuil des années 30. 



planetarium
NAtalie Portman

Un beau film auquel il manque un geste de proximité avec le public, un beau film parcouru par un voile, des fantômes, des actrices qui ne sont pas tout à fait ensemble. On salue cependant le travail remarquable de la jeune princesse du cinéma, Natalie Portman.


Entretien avec Rebecca Zlotowski (extraits)

Quelle a été l’origine du film ?
C’est toujours difficile de répondre à cette question sans embrasser tous les tropismes qui vous désignent un sujet comme le bon, celui qui va vous accompagner pendant trois, quatre ans, comme l’est un projet de cinéma. Un climat politique, critique, qui nous entoure, nous submerge, le désir de filmer une actrice étrangère qui s’installe en France, de revendiquer des personnages aux destins puissants, une envie très forte de croire en la fiction... 

Louis Garrel


Je ressentais la nécessité de commenter le monde glissant, crépusculaire, dans lequel on est entré, avec les outils du romanesque. Je pensais à cette phrase de Duras si inquiétante quand on y pense : « On ne sait jamais ce qui est sur le point de changer ». J’avais d’un autre côté le désir d’aller au bout d’un certain travail avec les acteurs. Mes deux premiers films avaient des tournages courts, qui me laissaient sur ma faim : je ressentais le besoin de travailler de ce côté là, de mettre des acteurs en transe physique, d’aller chercher du côté des rites de possessions, leurs manifestations physiques, mais sans aller jusqu’aux rites enregistrés par Rouch dans les maitres fous, et même si cette piste chemin faisant n’a pas été finalement tant retenue que ça par le film. 


Lily Rose Depp

C’est cette piste qui vous a menée au spiritisme, que les sœurs Barlow pratiquent ? 
Oui. Je me suis vite intéressée au destin des sœurs Fox, trois sœurs spirites américaines qui ont inventé le spiritualisme à la fin du 19ème, ancêtre du spiritisme, grand mythe de l’Americana. Leur succès avait été considérable, faisant naître et prospérer une doctrine avec des centaines de milliers d’adeptes à travers le monde, jusqu’aux cercles intellectuels européens... Un épisode moins connu notamment me fascinait : l’embauche, une année, par un riche banquier, de l’une des sœurs pour incarner l’esprit de sa femme défunte. Cette histoire m’a plu. C’était un point de départ de thriller, résolument hitchockien... 



Emmanuel Salinger
Mais vous avez abandonné le monde de la finance pour celui du cinéma : pourquoi ? 
Je voulais faire un film français, dans ma langue, et je me suis mise à fantasmer une tournée européenne des soeurs réduites au nombre de deux. J’ai fait du banquier un producteur, car le monde du cinéma me semblait résonner cent fois plus intimement que la finance avec celui du spiritisme. Fantômes, spectres, séances... Même le lexique était le même... Le côté victorien, le 19ème siècle me rebutait : j’ai transposé l’histoire dans les années 30, avec l’idée ce producteur serait Juif, et victime d’une campagne calomniatrice qui en précipiterait la chute... On sortait de la triste affaire Dieudonné et de son antisémitisme qui m’affectait personnellement, entre autres racismes.

Natalie Portman

À quel moment Natalie Portman est-elle arrivée dans le projet ? Très vite, chevillée de manière quasiment inconsciente au film dès le début. J’ai rencontré Natalie Portman il y a une dizaine d’années par deux amies communes qui font le trait d’union entre les États-Unis et la France. On s’est rencontrées quasiment le jour où j’ai appris que j’avais l’avance sur recettes pour Belle Épine... Elle a incarné une forme d’étoile tutélaire qui s’est alors penchée sur mon travail très tôt. C’était l’évidence que j’avais envie de la filmer mais aucun projet ne s’y prêtait, elle vivait aux États-Unis, je ne voulais pas faire de film américain. Ce n’était pas le moment. Après, je pense qu’on est rusés par nos imaginaires : je savais qu’elle allait s’installer en France et d’une certaine manière, j’ai tout orchestré, quasiment à mon insu, pour avoir un sujet prêt pour elle. Je lui ai proposé le rôle très vite, et elle a accepté avant même que le scénario ne soit fini, c’était d’une fluidité confondante, à l’opposé des complications qu’on peut imaginer quand on pense aux stars de son calibre. Aujourd’hui je prends conscience de la chance que j’ai eue, mais à l’époque je trouvais que cela avait tellement de sens, cette collaboration, cette invitation sur le territoire européen, en cinéphilie française, que je ne me suis pas dit que ça pouvait échouer. 

Qu’est-ce que ça change de savoir aussi tôt qu’une star de la stature de Natalie Portman fait partie du projet ? 
J’ai toujours aimé filmer des acteurs professionnels et j’ai déjà fait le choix des vedettes : Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet... Donc je n’ai pas non plus renversé mon mode de fonctionnement. Mais la présence d’une star américaine dans un projet français crée une forme de responsabilité très particulière : qu’est-ce que ça signifie de faire venir une actrice américaine sur un territoire français ? Ça pose de vraies questions de cinéma. En quelle langue parler ? Qu’est-ce que ça signifie pour un public français ? Pour des financiers français ? Pour les acteurs en face ? Il faut toujours prendre en compte l’émotion que les acteurs ont à se retrouver ensemble, sur le plateau. Quand Natalie Portman arrive sur le film, elle crée un effet de traction dans le casting, sur un certain engagement dans le film. Il y a une expressivité dans son jeu - elle monte sur toutes les émotions – qui est très différente du jeu français.
Planetarium
Drame de Rebecca Zlotowski (France) - Avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel, David Bennent, Damien Chapelle - Durée : 1h48 - Sortie : 16 novembre 2016

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