mardi 4 octobre 2016

Le Ciel Attendra : portrait de la jeunesse égarée et de l'emprise djihadiste


On se souvient de Sandrine Bonnaire, jeune ado révoltée dans le magnifique "A Nos Amours" de Maurice Pialat. Sandrine est maintenant mère et doit maintenant convaincre sa fille de rester en vie et de ne pas sombrer dans la folie mortifère djihadiste!


L'histoire 

Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour «garantir» à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde.
Elle tombe amoureuse d’un «prince» sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles croiser un jour la route de l’embrigadement… Pourraient-elles en revenir ?


La note frenchtouch : 4/5 fort et remuant !


Clothilde Courau 
Après les Héritiers la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar raconte cette histoire avec le regard des femmes. elle évite les écueils de la caricature sur un sujet brulant d'actualité. Filmant des jeunes filles issues de la classe moyenne, elle parvient à nous émouvoir au plus profond comme le faisait Pialat dans A Nos Amours.  Les dialogues et les situations sonnent juste. Par la grâce des acteurs dont les très jeunes  Noémie Merlant et Naomi Amarger, déjà vues dans Les Héritiers. Mention spéciale aussi à Clothilde Courau (belle à pleurer dans l'Ombre des Femmes). 


Marie-Castille Mention-Schaar 

Entretien avec la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar 

Qu’avez-vous découvert en rencontrant tous ces jeunes
gens et notamment les filles?
Comme beaucoup, je supposais que l’embrigadement se
concentrait dans les quartiers, et concernait majoritairement
des familles musulmanes. Je croyais - croyance largement
partagée - qu’il fallait être très exclu ou très fragile, pour
éprouver la tentation de rejoindre Daech. Ces profils existent
mais ils sont loin de représenter la majorité. En France,
plus de la moitié des jeunes filles embrigadées sont des
converties, issues de la classe moyenne, voire supérieure.
Des enfants qui ont été entourés, choyés, mais qui vivent
en même temps dans une société qui a beaucoup de mal à
faire de la place à la jeunesse et à leurs rêves. Quelles sont
les utopies qui nous meuvent, aujourd’hui ? A quoi peut-on
encore adhérer ? 




Qu’est-ce qui vous a frappé dans tous les témoignages

que vous avez recueillis avant le tournage ?

La sincérité de ces jeunes filles. Leur intelligence. Leur malaise. Le décalage qu’il y avait entre mes idées préconçues et la réalité. Elles sont sincères quand elles tombent amoureuses de cet « idéal » d’amour. Celui où on les met sur un piédestal. Un amour « pur », « vierge ». Elles sont sincères quand elles veulent « sauver le monde », sauver les enfants qui sont abandonnés par le monde occidental. Elles sont émouvantes dans leurs aveux de faiblesse et dans leur souffrance. Elles s’en veulent souvent d’avoir été aussi naïves. Elles s’en veulent d’être tombées amoureuses d’un fantasme. Le chemin de la déradicalisation n’est pas linéaire. Il y a des allers et retours. Elles arrivent à une séance du « club des rescapées » en jean et t-shirt, les cheveux détachés, maquillées. Et puis un mois plus tard elles sont à nouveau en jilbab*. Et là où elles étaient apaisées, elles deviennent hystériques. Les sables sont mouvants. J’essayais de capter leurs contradictions, leur difficulté à « revenir », leur besoin de s’accrocher à leur foi et la violence que cela peut engendrer dans les rapports avec leurs parents qui ne veulent plus entendre parler de religion, de Dieu.





La naïveté est-elle une condition sine qua non pour se
faire pêcher par un rabatteur?
Pendant l’écriture du scénario, j’ai rencontré des psys pour essayer de savoir s’il existait malgré tout un profil type. Et bien non ! Oui souvent il peut y avoir à la base une relation mère-fille fusionnelle. Mais ce n’est pas parce qu’on a une relation fusionnelle avec sa fille, qu’elle va se faire embrigader ! Oui il y a beaucoup de familles mono parentales et des mères élevant seules leurs enfants. Mais il y a aussi des couples. D’ailleurs quand c’est le cas, c’est souvent les mamans qui sont présentes en séance de « désembrigadement » ou pour le suivi. La plupart des jeunes filles qu’on m’a présentées étaient de bonnes élèves, bien intégrées, qui avaient parfois traversé un moment de fragilité (un deuil, un échec, un rêve brisé). Elles n’étaient pas portées par un groupe solide. Mais quelle adolescente l’est toujours et ne se sent jamais trahie ? La conversion à l’islam ne vient en général qu’en bout de course. Moi-même, je pense que vers 15 ans, si internet avait existé, j’aurais pu être sensible à un discours dont les visées semblent humanitaires et qui prétend corriger des injustices fondamentales. C’est tout le problème : il y a de la manipulation, mais elle est pernicieuse. 


Les vidéos de propagandes sont très bien faites et elles contiennent des éléments de vérité. Et ne vit-on pas abreuvés par les scandales politiques, financiers perpétuels. A quels adultes les jeunes peuvent-ils faire confiance aujourd’hui ? Ce n’est pas si difficile pour les rabatteurs de bâtir un discours séducteur basé sur le vrai et le faux. Je connais peu de groupes aussi actifs sur les réseaux sociaux, avec des moyens financiers et techniques de communication de cette ampleur.

Drame de Marie-Castille Mention-Schaar (France) - Avec : Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Clotilde Courau, Naomi Amarger, Zinedine Soualem, Yvan Attal - Durée : 1h44 - Sortie : 5 octobre 2016

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