jeudi 4 septembre 2014

Les Métamorphoses d'Ovide


Jupiter en pleine nature


En écho au film les Métamorphoses de Christophe Honoré, on revient sur celles d'Ovide

Les Métamorphoses d'Ovide

Les Métamorphoses, c'est l’un des plus grands poèmes que nous ait légué l’Antiquité latine. Il est aussi le plus long : 11 995 vers en quinze livres. Ovide en entreprend la composition en l’an 3 de notre ère. Il a 46 ans. Cinq ans plus tard, pour des raisons inconnues, il est exilé sur l’ordre de l’empereur Auguste à Tomi (aujourd’hui Constanza, en Roumanie), d’où il ne reviendra jamais. Désespéré, il brûle son manuscrit. Mais des copies du chef-d’oeuvre circulent déjà. Son succès, immédiat, ne s’est jamais démenti depuis. Les Métamorphoses sont l’une des sources où puise la littérature du Moyen-Age ; Shakespeare, pour ne citer que lui, les a étudiées de près et s’en est maintes fois inspiré (notamment dans Le Songe d’une nuit d’été).
Aussi longtemps qu’il se trouvera des amateurs de mythologie, d’imagination baroque et de jongleries narratives, Ovide conservera des lecteurs passionnés.

Jupiter et ...








Petit index des personnages

Par ordre d’entrée en scène, des personnages qui passent dans
ces nouvelles Métamorphoses tels qu’ils apparaissent chez Ovide




ACTÉON (lat. Actaeon). Petit-fils de Cadmos (et donc petit-neveu d’Europe), grand chasseur. S’enfonçant un jour avec sa meute dans une vallée inconnue, il y surprend, près d’une grotte, Diane se baignant parmi ses nymphes. Irritée d’être surprise dans sa nudité,
la déesse puise un peu d’eau qu’elle lui jette au visage et le transforme en cerf. Actéon périt dévoré par ses propres chiens. Cf. Métamorphoses, livre III, vers 138 ss.


DIANE (lat. Diana). Fille de Jupiter, soeur d’Apollon, celle que les Grecs appellent Artémis est une divinité chasseresse et farouche, parfois associée (sous d’autres noms) à des cultes lunaires ou infernaux.
Europe



EUROPE (lat. Europa). Phénicienne, elle est fille du roi Agénor et soeur de Cadmus. Jupiter s’éprend d’elle et lui apparaît sous la forme d’un taureau blanc, un jour qu’elle marche sur le rivage de Sidon. Le dieu l’enlève sur son dos et l’emporte à la nage jusqu’en Crète, où il reprend sa forme avant de s’unir à elle ; Europe lui donne plusieurs fils, dont Minos, qui monte sur le trône de l’île avant de présider le tribunal des enfers. Ovide décrit brièvement le rapt d’Europe au livre VI, vers 103 ss.




JUPITER (lat. Iupiter). Le dieu suprême des Romains, correspondant au Zeus des Grecs. Quand il ne gouverne pas l’univers du haut des cieux (ou de l’Olympe) aux côtés de Junon, il revêt différentes formes pour visiter le monde des mortels et y donner libre cours à ses innombrables passions amoureuses.


Junon


JUNON (lat. Iuno). Soeur et épouse de Jupiter (comme Héra l’est de Zeus). Elle est d’autant plus ombrageuse et jalouse de son mari qu’elle ne lui a donné qu’un seul enfant, boiteux de surcroît : Vulcain (l’Héphaïstos grec). Elle poursuit de sa tenace rancune les humains qu’elle estime l’avoir offensée ; Io et Tirésias figurent parmi ses nombreuses victimes.

Jupiter et Junon

IO (lat. Io). C’est une longue et triste histoire, qui commence au livre I, vers 583 ss. des Métamorphoses. La fille du fleuve Inachus tente en vain de fuir Jupiter à qui elle a plu, bien malgré elle. Pour comble de malheur, Junon s’en est aperçue. Surpris par son épouse, Jupiter transforme sa belle en génisse. Mais Junon réclame qu’il lui fasse présent du superbe animal et le mari coupable n’a garde de refuser… Pour la suite, cf. Argus.


MERCURE (lat. Mercurius). Fils de Jupiter et de Maïa, il est l’un des dieux les plus insaisissables et mystérieux du panthéon. Dieu rusé des échanges, des transports, des voyages, des passages, celui que les Grecs nomment Hermès est cher aux marchands et aux voleurs, aux interprètes et aux traducteurs, aux guides, à tous les êtres qui hantent les carrefours. Sa puissance a des affinités avec
la nuit et le silence. Il sait, quand il lui plaît, se rendre méconnaissable. C’est lui que son père charge de soustraire Io à la garde du redoutable Argus…

ARGUS (lat. Argus). Le fils d’Arestor avait, selon Ovide, «la tête entourée de cent yeux. Deux des cent yeux dormaient toujours, jamais les mêmes : les autres, éveillés, restaient en surveillance». Tel est le bouvier auquel Junon choisit de confier la garde d’Io la génisse. Pour l’endormir tout entier, Mercure gagne sa confiance, lui joue de la flûte de Pan, autrement dit de la syrinx, et finit par lui
raconter comment fut inventé cet instrument…

PAN (lat. Pan). Dieu cornu et campagnard, doté de pattes de bouc, il tenta en vain de se faire aimer de la nymphe Syrinx, qui se métamorphosa en roseau à l’instant où il croyait enfin la saisir. Pour se consoler de sa perte, Pan cueillit quelques tiges de ce roseau et en confectionna la première syrinx…

SYRINX (lat. Syrinx). La nymphe des montagnes d’Arcadie, dont Ovide compare la beauté à celle de Diane elle-même, avait souvent échappé «aux satyres et aux dieux harceleurs des futaies et des champs» lorsque Pan voulut en faire son amante. Son histoire, narrée au livre I, vers 689, est enchâssée dans le récit des tribulations d’Io (qu’Ovide, comme on a vu, a entrepris un peu plus haut,
vers 583 ss.). Mais la digression est interrompue par la mise à mort d’Argus, qui s’est enfin endormi.

BAUCIS : voir Philémon (ils sont inséparables).

PHILÉMON et BAUCIS (lat. Philemon et Baucis). L’un des épisodes les plus célèbres et les plus touchants des Métamorphoses qu’Ovide raconte aux vers 620 ss. Le vieux couple, malgré sa pauvreté, est le seul à offrir l’hospitalité dans son humble demeure à Jupiter et Mercure, quelque part dans les monts de Phrygie. Philémon et Baucis iraient même jusqu’à sacrifier leur unique oie en
l’honneur de leurs hôtes. Pour les récompenser, les dieux leur offrent d’abord un festin miraculeux, puis les préservent d’un déluge qui noie le reste de la contrée avant de leur promettre de réaliser leur plus cher souhait. Philémon prend alors la parole : «puissions-nous, ayant vécu dans la concorde, être emportés à la même heure, et que jamais je ne voie son bûcher ni elle ne m’enterre.» Leur voeu est
exaucé : ils deviennent, côte à côte, chêne et tilleul.

TIRÉSIAS (lat. Tiresias). Habile devin dont les prédictions s’accomplissent toujours (OEdipe et Créon, dans les tragédies de Sophocle, en savent quelque chose : il révèle au premier le secret de sa naissance, et annonce au second que s’il s’obstine à condamner Antigone, le malheur s’abattra sur lui). Tirésias est une personnalité à part. Il est ce que les Grecs appelaient un makrobios, autrement
dit un être dont la vie s’étend sur plusieurs générations de mortels ordinaires. Il est aussi le seul à avoir vécu successivement dans un corps masculin et féminin ; aussi a-t-il connu les plaisirs des deux sexes. C’est pourquoi Jupiter le prend pour arbitre de cette grave question : de l’homme ou de la femme, qui jouit le plus ? On trouvera la réponse du devin au livre III, vv. 318 ss. Son verdict n’a pas
l’heur de plaire à Junon, qui prive Tirésias de la vue ; et c’est pour compenser cette perte impossible à annuler (car nul dieu ne peut défaire ce qu’un autre dieu a fait) que Jupiter lui accorde son don de voyance.

NARCISSE (lat. Narcissus). Ovide conte son histoire à la suite de celle de Tirésias (livre III, vers 341 ss.). Sa mère, Liriope, consulte le devin sur l’avenir de son nouveau-né. Tirésias lui répond que son enfant atteindra la vieillesse, «s’il ne se connaît pas». A seize ans, le fier Narcisse séduit tout le monde sur son passage, sans se montrer lui-même touché. L’une des premières victimes de ses dédains est la nymphe Echo, qui à force de dépérir finit par n’être plus qu’une voix ; mais elle est loin d’être la seule à être repoussée par Narcisse. Incapable de s’arracher à la contemplation de ses traits, Narcisse finit par succomber ; mais au moment de livrer son corps au bûcher
funèbre, ses amis ne trouvent plus à la place qu’ «une fleur safranée, au pistil ceint de pétales blancs», à laquelle il lègue son nom.

LES BACCHANTES ( lat. Bacchae). Voir Bacchus.

BACCHUS (lat. Bacchus). Dieu redoutable entre tous, Bacchus, alias Liber, alias Dionysos (Ovide cite une dizaine d’autres noms aux vers 11 et suivants du livre IV) est le fils de Jupiter (que les Grecs appellent Zeus) et de Sémélé. Enceinte du dieu, la mortelle fit un jour jurer à son amant de lui accorder un voeu, puis exigea de le contempler dans la plénitude de sa gloire divine (c’est évidemment Junon qui lui avait inspiré cette idée funeste). Contraint par son serment, Jupiter dut s’exécuter et Sémélé fut consumée sur-le-champ. Le dieu, pour sauver l’enfant à naître, l’arracha aux entrailles de sa mère et le cousit dans sa propre cuisse : voilà pourquoi Bacchus est parfois surnommé «le deux fois né». S’il est dieu du vin et de l’ivresse, c’est qu’il préside aux transformations, aux
puissances de devenir qui dépossèdent de soi-même toute identité pour la livrer au changement. Il est donc le maître de l’altérité, des morts suivies de renaissances, non moins que le dieu du théâtre. Son arrivée à Thèbes, cité de sa mère, est signalée par toutes sortes de prodiges : à son appel, les femmes les plus respectables quittent la ville pour lui faire cortège en prenant le nom de Bacchantes et
s’enfoncent dans les forêts du mont Cithéron. Penthée, le jeune seigneur de Thèbes, s’obstine cependant à ne voir qu’un imposteur en son cousin (Agavé et Sémélé, leurs mères respectives, sont en effet soeurs). Bacchus use dès lors de ses pouvoirs pour fasciner Penthée et l’attirer dans un piège fatal et le malheureux finit déchiqueté à mains nues par sa propre mère.

TROIS SOEURS MYNIAS (lat. Minyeides). Leur destin, qui fait suite à la mort affreuse de Penthée, ouvre le livre IV. Car toutes les Thébaines n’ont pas suivi Agavé sur le Cithéron. Alcithoé et ses deux soeurs s’y sont refusées, préférant rester chez elles à filer la laine en se racontant des mythes pour passer le temps. Après la légende de Pyrame et Thisbé, puis celle des amours du Soleil et de
Leucothoé, vient aux vers 276 à 388 l’histoire très singulière de la passion de la naïade Salmacis pour Hermaphrodite (voir ces noms). A peine ce troisième récit est-il achevé que Bacchus inflige leur châtiment aux trois récalcitrantes : tandis que leur ouvrage inerte se métamorphose en lierre et en vigne, elles-mêmes deviennent chauves-souris.

HERMAPHRODITE (lat. Hermaphroditus) Le bel adolescent doit son nom à ses parents, Hermès et Aphrodite. Elevé par des naïades dans les grottes de l’Ida, il les quitte pour visiter la Carie et s’établit près d’une étendue d’eau pure. C’est là que Salmacis, à sa vue, est aussitôt saisie d’un brûlant désir…

SALMACIS (lat. Salmacis) n’est pas une naïade comme les autres. Seule de toutes les nymphes à ne pas suivre Diane, elle préfère aux plaisirs de la chasse ceux de la baignade. Elle se singularise aussi par sa passion : Salmacis fait partie des très rares héroïnes ovidiennes à prendre l’initiative amoureuse, et lorsqu’Hermaphrodite, se croyant seul, se baigne nu dans le domaine de la nymphe, celle-ci nage auprès de lui, l’enlace, l’étreint, et obtient finalement des dieux que leurs deux corps, désormais inséparables, n’en fassent plus qu’un. A son tour, Hermaphrodite adresse à ses parents un voeu qu’ils exaucent : désormais, quiconque plongera dans les eaux de Salmacis y perdra une moitié de sa vigueur.

PENTHÉE (lat. Pentheus). Voir Bacchus.

CADMUS (lat. Pentheus). Voir Europe. Son père Agénor lui ordonne de retrouver sa soeur sous peine de ne jamais revenir en sa patrie. Après une longue errance, le héros renonce à retourner en Phénicie et fonde la ville de Thèbes (toute cette histoire, particulièrement
complexe, est longuement contée par Ovide à partir du vers 3 du livre III). Selon la légende, on lui doit l’introduction en Grèce de l’écriture alphabétique.

ORPHÉE (lat. Orpheus). L’histoire de ses déplorables amours avec Eurydice ouvre le livre X des Métamorphoses. Le jour même de leurs noces, la malheureuse succombe à une morsure de vipère. Le poète à la voix irrésistible la suit jusque dans les enfers pour supplier Pluton et Proserpine de lui permettre de ressusciter. Touché par son chant, le couple divin y consent à condition qu’Orphée
ne se retourne pas sur sa bien-aimée avant qu’elle soit parvenue au royaume des vivants. Mais le poète, revenu à la lumière, ne peut s’empêcher de tourner les yeux vers elle alors qu’Eurydice se tient encore dans l’ombre fatale, et il la perd une deuxième fois. Dès lors, inconsolable, Orphée fuit la compagnie des femmes et ne chante plus, selon Ovide, que «les dieux amateurs de garçons». Furieuses d’être dédaignées par le poète, les Ménades finissent par le massacrer, jetant sa tête dans les eaux de l’Hèbre (XI, 1-66).


ATA LANTE (lat. Atalanta). Voir Hippomène.
HIPPOMÈNE (lat. Hippomenes). Cf. Métamorphoses, X, 553-704. C’est Vénus en personne qui par la bouche d’Orphée raconte à son cher Adonis l’histoire d’Hippomène et d’Atalante, pour l’engager à ne pas pratiquer la chasse au lion. Atalante avait appris d’un oracle qu’elle cesserait d’être elle-même le jour de ses noces. Pour éviter le mariage, elle fait savoir à ses prétendants qu’elle
n’épouserait que celui qui la battrait à la course, et que ses adversaires malheureux seraient mis à mort. Son charme est tel que les candidats acceptent de courir le risque, mais Atalante est plus rapide encore qu’elle n’est belle. A son tour, Hippomène décide de tenter sa chance, mais prend soin de prier d’abord Vénus. La déesse de l’amour l’entend et lui remet trois pommes d’or de son jardin
de Tamasos, sur l’île de Chypre. En les laissant tomber à bon escient, Hippomène parvient à retarder Atalante (qui n’est d’ailleurs pas insensible à sa beauté) et gagne ainsi sa main. Malheureusement pour eux, une fois franchie la ligne d’arrivée, les amants négligent de remercier Vénus, et la divinité négligée décide de faire un exemple : alors qu’ils passent près d’un temple de Cybèle, elle inspire à
Hippomène un désir irrépressible, et le couple «d’un coït interdit […] souille le saint lieu» (X, 695).
Cybèle, outragée, les transforme aussitôt en lions.

VÉNUS (lat. Venus). L’Aphrodite des Grecs règne sur les forces du désir, de l’amour, de la fécondité. Tant sur les hommes que sur les autres dieux, son pouvoir est donc immense. Elle-même en éprouve d’ailleurs les effets : au fil du poème, Ovide rappelle que l’épouse de Vulcain a été l’amante de Mars, s’est unie à Hermès ou s’est éprise d’un simple mortel comme Adonis (entre autres). Une génération
avant Ovide, le poète-philosophe épicurien Lucrèce lui dédie en ouverture de son grand poème sur La Nature des choses (De rerum natura) un hymne inoubliable : la déesse du plaisir y est célébrée comme étant la source inépuisable, cosmique, d’où jaillit toute vitalité – mais ceci est une autre histoire

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