samedi 20 septembre 2014

Elle l'adore : le coup de coeur de la rentrée

Le meilleur (premier) film français de l'année


Elle L’Adore, une comédie drôle et noire signée Jeanne Herry. Jeune réalisatrice au talent prometteur, Jeanne nous offre un long métrage au casting de charme. Sandrine Kiberlain dans la peau d’une esthéticienne un peu bavarde, Laurent Lafitte, Olivia Côte, et Jeanne Herry à la réalisation.

Jeanne Herry en répet. avec Sandrine Kiberlain et Olivia Côte

Synopsis

Muriel une esthéticienne aussi bavarde que mythomane. Depuis près de 20 ans elle est une fan inconditionnelle du chanteur Vincent Lacroix. Un soir Vincent, sonne à sa porte pour lui demander de l’aide. Muriel va se retrouver entraîner dans une histoire, invraisemblable, qu’elle-même n’aurait pu imaginer…




Elle L’Adore de Jeanne Herry est donc une comédie drôle et grinçante, dans laquelle l’actrice Sandrine Kiberlain réalise une vraie performance dans la peau de cette fan raide dingue de son idôle, prête à tout pour lui jusqu’à cacher le cadavre de sa fiancée. A la fois boulet et héroïne, le personnage de Muriel, dessiné par Jeanne Herry, apparaît ici comme « celle qui sauverait tout le monde. Elle trouve un peu de lumière pendant que Vincent Lacroix se recroqueville dans sa propre ombre ».

Laurent Lafitte : Elle l'adore

Le jeu d’acteur du comédien Laurent Laffitte  est aussi excellent et suprenant dans la peau de ce chanteur crooner qui fait rêver des milliers de fans et voit sa vie basculée après la mort accidentelle de sa fiancée. Pour la réalisatrice,  Sandrine était un choix évident : « Le chemin pour trouver « le » chanteur a été un peu long… Au départ, les deux, personnages principaux étaient plus âgés. Quand j’ai décide de les rajeunir, Laurent est devenu évident. Laurent pouvait incarner un artiste de quarante ans, ayant commencé et connu le succès très jeune. C’est un acteur complet, tout terrain, qui est à la fois très drôle et très intense dans le drame… ».
Sandrine Kiberlain


Avec Elle L’adore Jeanne Herry nous offre un premier long métrage réussi, dans lequel elle mêle comédie et thriller digne des romans d’Agatha Christie.

En bref, FrenchTouch2 vous recommande ce film qui oscille entre suspense et comédie, avec des acteurs fantastiques et un scénario, très maîtrisé (d'autant qu'il s'agit d'un premier film), digne d’une meurtre presque parfait.

Note FrenchTouch2 :4,5/5


Entretien avec la réalisatrice JEANNE HERRY




Vous souvenez-vous de la manière dont vous avez eu l’idée de ce film ?

J’avais écrit un livre, « 80 étés » paru chez Gallimard, au sujet très personnel, intime à partir de souvenirs ou d’impressions. J’ai voulu savoir si j’étais capable ensuite de rédiger une véritable histoire avec des personnages, des situations qui ne tournent pas uniquement autour de mon univers proche. Avec un ami, Sébastien Knafo, nous avons commencé à mettre sur papier une liste des éléments que nous souhaiterions voir figurer dans un récit. Sont ainsi sorties de notre imagination les idées d’un duo de personnages principaux, de la mythomanie ou de la complication des événements… En relisant tout cela, j’ai pensé à réunir un chanteur et une fan avec un cadavre encombrant dont il faut se débarrasser ! J’ai revu mon ami, lui ai parlé de ce point de départ mais lui pensait à en faire une comédie, un road-movie. Moi pas du tout ! J’ai donc continué seule avec l’idée d’un vrai polar, basé sur une enquête policière, étant moi-même très férue depuis mon enfance de ce genre de romans ou de films…


Cette histoire doit incroyablement vous toucher pour l’avoir portée durant presque une dizaine d’années…

Oui, d’autant qu’avant de réussir à tourner le film, j’ai fait d’autres choses au théâtre ou au cinéma en tant qu’actrice et metteur en scène, mais l’histoire de ELLE L’ADORE devait finalement me ramener à des sensations très personnelles pour continuer à m’intéresser. On sait que dans un premier film, on met beaucoup de soi-même et j’ai vraiment l’impression d’avoir réalisé mon film de petite fille. Il me tarde de faire mon premier long métrage de femme !

Sandrine Kiberlain : Elle l'adore

Quand vous dîtes « petite fille », ce thème du chanteur et d’une de ses fans renvoie, on l’imagine, à ce que votre père Julien Clerc a pu vivre au cours de sa carrière…

Bien entendu. Les fans, je les ai côtoyés au fil des années. Ce sont souvent des femmes d’ailleurs, respectueuses de l’artiste qu’elles admirent. Elles sont rarement dans l’hystérie. Quand elles vont au concert, c’est avec l’idée de plaisir, de fête joyeuse, souvent en bande. J’ai aussi rencontré des fans qui ressemblent à Muriel, elles sont moins nombreuses, plus solitaires. Elles, ce sont de véritables collectionneuses, des archivistes qui remplissent leur vie de leur passion. On dit souvent que ces personnes vivent leur vie par procuration, à travers la relation qu’elles se sont créée avec un artiste mais ça ne me semble pas tout à fait juste. À leur manière, leur condition de fan leur fait concrètement vivre quelque chose d’extraordinaire… En cherchant le disque rare qui n’a été édité qu’au Japon par exemple… Il y a quelque chose de ludique dans tout cela, de singulier aussi. Muriel, tout en étant dans une sorte de « dinguerie » a une vraie vie de mère, un travail, des amis. Le film va juste lui permettre de faire un peu de place et de se remettre au centre de sa vie.

Tout en inventant constamment des histoires pour ses proches !

C’est aussi ce qui m’intéressait dans ce personnage. Les fans et les chanteurs sont des figures, ils charrient beaucoup de clichés. Moi qui ai vécu à une place privilégiée pour observer tout cela, j’ai vite su que mon histoire serait basée sur la banalité des gens connus et sur l’originalité des gens banals… Muriel a en effet un vrai univers : ce n’est pas de la folie au sens clinique, (ça ne m’aurait pas du tout intéressé d’ailleurs), elle n’est pas hystérique, pas dangereuse pour Vincent. Elle a juste cette petite fêlure, cette peur du vide, que je voulais explorer…




Une petite fêlure qui va tout de même avec le temps se transformer en menace…

Oui, parce qu’elle va aussi enchaîner les bêtises ! Ça faisait aussi partie de ma liste de départ : l’idée d’un « boulet », désigné comme tel, mais qui n’en serait pas un ! Pour moi, c’était Muriel et je l’envisageais comme une véritable héroïne, comme celle qui sauverait tout le monde. Elle trouve un peu de lumière pendant que Vincent Lacroix se recroqueville dans sa propre ombre…

Ce qui est formidable, notamment dans les scènes d’interrogatoire, c’est que cette « dinguerie » dont vous parlez paraît finalement plus crédible que la vérité grâce au culot de Muriel dans ses mensonges !

Ça m’a beaucoup amusé ! J’ai un copain psychologue à qui j’ai parlé de la mythomanie à travers les aspects comiques de cette pathologie, qui n’a rien à voir avec la schizophrénie par exemple, beaucoup plus douloureuse. D’ailleurs, jamais dans ELLE L’ADORE, on ne prononce le mot « mythomane » : Muriel n’est pas malade au sens clinique. Elle est dans la fantaisie ! J’ai donc demandé à mon ami ce qui se passerait si on faisait vivre à un mythomane une histoire extravagante, digne d’un mythomane. Il m’a dit : « Ça fera boum » ! Et c’est vraiment ce qui arrive dans le film…

D’autant que vous y rajoutez un autre ingrédient : les ravages de la passion. Celle de la compagne de Vincent, celle de Muriel pour Vincent et celle dévastatrice du couple de policier, Antoine et Coline…

Vous avez raison, même si je n’ai pas pensé aux choses comme cela, d’abord parce que l’idée de « passion » m’est assez étrangère ! Mais il est vrai que mes personnages sont tous à un moment victimes de leur intériorité, de leurs sentiments, de ce qui les meut…

Finalement, quand Vincent sonne à la porte de Muriel, il y a presque dans la réaction de cette dernière un côté fataliste : elle est surprise mais elle sait que ça devait arriver…

Elle a dû tellement imaginer, rêver cette rencontre… Et c’est là où le plan de Vincent est risqué mais finement élaboré : il sait que d’un point de vue policier, il a tout intérêt à demander de l’aide à quelqu’un en dehors du cercle de ses proches et il sait pertinemment que sa fan, Muriel, fera ce qu’il lui demande. Tout cela est basé sur une chose qui existe vraiment entre un fan et un artiste : cette impression de lien, l’idée de vieillir ensemble, de se connaître, de s’aider mutuellement à vivre… D’un certain point de vue d’ailleurs, ils partagent réellement des choses : les chanteurs écrivent des chansons, les fans leur écrivent des lettres, les concerts sont des moments de communion. Et il n’y a que les chanteurs qui déclenchent de tels moments « d’amour »…

Laurent Lafitte (Vincent Lacroix) 


Le regard de Vincent Lacroix sur Muriel est assez dur. Il l’utilise, la trahit et dit même à un moment : « C’est rien, c’est juste une fan ».

C’est fou comme cette phrase résonne, beaucoup plus que je ne l’avais imaginée en l’écrivant ! Elle représente toute sa défense face aux policiers qui le soupçonnent, une façon de leur dire que lui, star de la chanson, ne peut pas avoir mis sa vie entre les mains d’une quasi inconnue. En revanche, au début du film, quand ils se rencontrent vraiment, il y a du respect. On s’imagine parfois que les chanteurs éprouvent du dédain pour leurs fans, je ne le crois pas. Quelques fans peuvent se montrer effrayants, mais la plupart renvoient à leur chanteur une image très positive d’eux-mêmes. Certains fans offrent de très beaux cadeaux, basés sur les véritables goûts de leurs artistes préférés, ils leur disent combien telle chanson leur rappelle des moments de vie précis… C’est important quand on fait un métier public, qu’on propose son travail au plus grand nombre. Je ne crois pas du tout que le cynisme soit irrémédiablement accolé à la célébrité. Quand Vincent demande ce « service » à Muriel, il joue évidemment sur le pouvoir qu’il exerce sur elle mais il n’éprouve pas de mépris. S’il s’adresse à elle, c’est qu’il sait qu’elle peut le faire, qu’elle est prête à le faire et qu’elle n’est pas dangereuse. Le souci, c’est que Vincent ne sait pas combien il est à la fois bien et mal tombé !

Il y a dans sa démarche cette idée de sauver sa vie mais aussi tout ce que représente l’entreprise Vincent Lacroix…

Oui, toute son existence en somme. J’espère que l’on sent dans le film combien il a réussi. Croyez-moi, c’est vraiment chouette d’être un chanteur populaire ! J’ai voulu que l’on travaille très rigoureusement, précisément sur la carrière du chanteur mais pas sur son oeuvre. Je n’avais pas envie qu’on le voit interpréter une ou deux chansons, qu’il aurait fallu faire écrire, enregistrer par Laurent Lafitte… Je voulais montrer ce que l’on ne voit pas d’habitude, le côté coulisse. Je savais que les spectateurs combleraient les trous, les « manques » en associant la carrière de Vincent à celles de Cabrel, de Souchon, de Bruel ou de mon père ! En revanche, nous avons vraiment soigné les photos, les pochettes, les disques d’or pour montrer que ce type est là depuis vingt ans, installé, reconnu…

Petit clin d’oeil au passage : l’objet qui cause la mort accidentelle de la compagne de Vincent Lacroix, c’est une Victoire de la musique !

C’est une métaphore ludique… La célébrité, c’est un poids. Je vous disais que je considère ELLE L’ADORE comme le film de mon enfance et j’ai des images de cette période qui me sont revenues. Il y avait une Victoire sur le piano du salon et croyez-moi : c’est très très lourd ! Étant amatrice de Cluedo et d’Agatha Christie, l’idée de cette chose pesante à proximité me semblait crédible pour faire mourir quelqu’un ! Et amusante…

Venons-en à vos acteurs, à commencer par Laurent Lafitte dans le rôle de Vincent Lacroix.

Le chemin pour trouver « le » chanteur a été un peu long… Au départ, les deux personnages principaux étaient plus âgés. Quand j’ai décidé de les rajeunir, Laurent est devenu évident. Nous ne nous connaissions pas du tout. Je l’avais vu au cinéma, je l’écoutais de temps en temps à la radio… Comme tout le monde, je l’ai vu se déployer en quelques années et dévoiler de multiples facettes. Quand j’ai vu LES BEAUX JOURS de Marion Vernoux, j’ai su que ce serait lui ! Laurent pouvait incarner un artiste de quarante ans, ayant commencé et connu le succès très jeune. Laurent est crédible en musicien, derrière un piano, un micro : il a fait du chant, de la danse, de la comédie musicale, c’est un mec de scène. C’est un acteur complet, tout terrain, qui est à la fois très drôle et très intense dans le drame… Je voulais aussi quelqu’un de beau car je crois que cette dimension existe dans la réalité : on ne met pas la photo d’un chanteur sur son mur s’il n’y a pas l’idée de contemplation, de désir. Il a été parfait dans les moments de doute, d’inquiétude : son visage très expressif, la voix qui trébuche imperceptiblement… Il a très justement incarné les tourments et la nervosité du personnage qui passe tout le film à tenter de contenir le chaos de son intériorité. On s’est beaucoup amusé lors des séances photos pour figurer les différentes époques de la carrière de Vincent Lacroix. Je crois qu’il aimait son personnage et le comprenait sans le juger, ce qui n’est pas si évident car c’est celui que l’on charge dans le récit, alors que Muriel est plutôt celle qui suscite la sympathie…

Sandrine Kiberlain…en famille


Votre Muriel justement, c’est Sandrine Kiberlain…

Une fois le personnage rajeuni, j’ai pensé très rapidement à elle et j’ai eu la chance qu’elle accepte ! C’était il y a presque trois ans et Sandrine a porté ce projet avec moi de façon déterminante. Lors d’un de ses premiers coups de fil, elle m’a dit : « Je n’ai jamais fait ça, alors ça m’intéresse ». Très honnêtement, je la considère comme une des plus grandes actrices du monde ! Je savais qu’elle serait à mes côtés pour débarrasser le personnage de tous ces clichés qui encombrent la représentation du fan. Il ne fallait pas que Muriel soit pathétique ou folle furieuse, ce n’est pas MISERY ! Je voulais quelqu’un de digne, de normal, d’élégant : Sandrine était parfaite ! C’est une comédienne solaire et lunaire à la fois, qui s’allume et s’éteint très facilement, sans artifices de maquillage ou de costume… Je savais qu’elle incarnerait à merveille cette femme à la fois commune et originale, pétrie d’innocence et d’intelligence. J’ai grâce à elle pu travailler à loisir sur cette fameuse dinguerie du personnage ! Il faut ajouter que Sandrine adore les chansons, les concerts, danser. Elle collait parfaitement à cette idée du fan que j’aime : des gens qui partagent un moment joyeux avec leur artiste préféré, loin de l’hystérie douloureuse souvent représentée. Ça a été un grand bonheur de travailler avec eux !
Sandrine Kiberlain

Ce phénomène de l’adulation du public, l’avez-vous éprouvé vous-même en tant qu’actrice ou l’avez-vous peut-être aussi ressenti pour un artiste ?

Ce dont vous parlez est plus fréquent avec les chanteurs qu’avec les comédiens… Cela dit, quand j’ai eu des rêves de ce genre, je me souviens que cela concernait des acteurs ! J’avais la chance d’avoir une famille qui m’emmenait beaucoup au cinéma et dans notre chambre, ma soeur avait accroché au mur une photo de James Dean et moi c’était plutôt les acteurs de Hitchcock ou Fred Astaire !
Donc vous comprenez cette fascination de la « vedette » sur le public ?

Quand il m’arrive de signer des autographes, je me demande toujours ce que les gens en font… À quoi cela leur sert ? Quel vide cela vient-il remplir ? Donc oui, je comprends cette sorte d’identification. Nous faisons un métier de rêve, où tout est plus grand, jusqu’à l’écran ! On peut envisager que certains aillent très loin pour approcher leurs idoles, jusqu’à leur ressembler physiquement. Je me souviens quand j’ai tourné avec Johnny Hallyday dans LOVE ME de Laetitia Masson, il y avait des cars entiers de « faux » Johnny qui nous ont suivis jusqu’à Étretat !

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